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Assemblée nationale Honorables ! Ressaisissez-vous ! Le peuple vous observe !

Voilà donc nos députés parés pour une nouvelle législature. Ce voyage parlementaire, qui s’annonce comme celui de tous les défis, doit être l’occasion pour les 147 de se réinventer pour le seul bénéfice du Mali.

Si un hasard avait fait que Montesquieu fût Malien, il y a fort à parier que son esprit serait revenu hanter les nuits de nos députés fraîchement élus ou réélus. Alors, le fantôme de celui qui a si bien conceptualisé le Principe de la séparation des pouvoirs dirait ceci à nos 147 législateurs : « Honorables ! Ressaisissez-vous ! Le peuple vous observe ! »

Aux bannerets de. L’Assemblée nationale doit, en toute conscience, être enfin le miroir et le fil conducteur de la volonté des la majorité tout comme aux porte-étendards de l’opposition, l’âme de l’illustre philosophe ferait comprendre que le pays attend beaucoup d’eux.

Car, telle est, en cette période trouble de la vie de notre nation, la lourde mission qui échoit à nos parlementaires citoyens.

La Constitution, qui est une recette concoctée pour désaltérer la soif de démocratie et d’épanouissement des Maliens, le leur ordonne. L’hémicycle, dont les briques sont conçues à seule fin de faire résonner la voix du peuple souverain, le leur impose. Le mandat de chacun d’eux, dont les termes ne valent que par la légitimité apportée par le sceau du peuple, le leur stipule.

L’honnêteté politique (même si ce n’est pas leur boisson préférée) et le sens de l’éthique (même si cela a rarement été leur repas favori) leur commande à tous d’admettre l’évidence. Et, puisque la critique est constructive, osons rappeler les trois facettes de cette évidence.

Primo, la gouvernance du président de la république, depuis 7 ans, est loin d’être une success-story. Trop d’erreurs de casting, de situations insuffisamment voire mal évaluées, de décisions inappropriées, de réactions contre-indiquées, de modes opératoires peu probants, de remèdes politiques inefficaces ; ont fini par donner à la gestion d’IBK un bilan peu flatteur.

Deuxio, l’attitude des opposants au chef de l’Etat, quelques exceptions mises à part, ressemble, comme le dit le romancier Michel Zévaco, à  « La belle symphonie du double jeu dont les couplets sont modulés au gré des intérêts égoïstes. » A force de se regarder dans le miroir de leurs « moi » respectifs, à force de se pencher sans cesse sur leurs « je à l’infini », à trop prêcher la vertu sans en être eux-mêmes des exemples vivants, à faire dans la surenchère quand leurs intérêts personnels sont menacés alors qu’ils sont muets aussitôt que leurs pots de miel sont alimentés ; les leaders de l’opposition (hormis un nombre très réduit) ont détruit la confiance en eux placée.

Tertio, la conviction du peuple est désormais faite sur l’idée qu’au sein de notre classe politique, rien de ce qui brille n’est de l’or.

L’heure est grave. Chaque tic-tac de l’horloge ramène le Mali vers des rivages incertains. La précarité, l’insécurité généralisée, la peur du lendemain, la marmite vide et les poches trouées etc. ; constituent le labyrinthe dans lequel des millions de Maliens se retrouvent pris au piège.

En raison même de cela, l’Assemblée nationale se doit d’être un vrai contre-pouvoir, un réel contrepoids et un exigeant surveillant-censeur de l’action du gouvernement. Conformément aux prérogatives que lui confère la Constitution, elle a l’obligation légale et morale de ne pas dire « oui » à tout, de ne pas applaudir pour tout, de ne pas crier « blanc » parce que Versailles pense que « c’est blanc ».

Dans les rangs de la mouvance majoritaire, le suivisme inconditionnel et l’acceptation aveugle de « tout ce qui vient d’en haut » ne doivent plus être une logique de droit. Même s’il est admis que les partis ont un devoir de solidarité vis-à-vis de leurs groupes parlementaires, un député doit avoir le courage et le sens moral de s’opposer aux « décisions qui ne servent pas l’intérêt de la nation. »

Cette remarque vaut surtout pour le parti Adéma-PASJ qui, depuis 15 ans, s’est étonnamment auto-éviscéré du courage politique et de l’intrépidité qui formaient sa physiologie. Passant de vaisseau-amiral à navire second, de mentor à disciple rangé, donnant leur bénédiction à tout ce que Versailles entreprend, la formation de l’abeille s’est résolue à exister uniquement pour « vivre la vie de tout parti qui se trouve au pouvoir. »

A présent, les défis incommensurables et les périls multiformes qui se dressent sur le chemin de notre république doivent exhorter chacun de nos élus, et chacun de nous, à privilégier l’amour du Mali.

Et, nonobstant les arguments de ceux qui estiment et pensent (à tort) que les élites doivent être mises à l’abri de toutes critiques, le langage de vérité doit être seriné pour le salut de la patrie.

Est-ce manque de respect que de rappeler un député, un ministre ou tout serviteur de l’Etat à ses responsabilités ? Non, clairement.

Est-ce sacrilège que d’attirer l’attention de nos gouvernants sur les failles, les insuffisances et les aspects inacceptables de leur attitude commune ? Loin s’en faut.

Et, est-ce inconduite que de dire aux élus actuels d’un parti historique leur posture condamnable face aux enjeux de la nation et aux attentes du peuple ? En toute objectivité, non.

Le temps de la responsabilité générale trop longtemps reporté, le moment de « l’intérêt supérieur de la nation » mille et une fois refoulé, l’heure du courage de s’assumer en « votant les textes qui servent » et en « mettant son veto aux initiatives sans bien-fondé », constituent le costume de l’honneur que chaque député doit maintenant revêtir.

A l’instant où l’esprit qui donne la primeur au Mali nous animera tous, la patrie meurtrie et chancelante retrouvera son allant.

A nous tous, qui lorgnons sur des postes ministériels, qui sommes à l’affût pour bénéficier de nominations, qui sommes prêts à tout pour être dans les bonnes grâces du Roi, qui avons simplement peur de perdre nos privilèges acquis ; rappelons-nous cette phrase du célèbre Winston Churchill « En acceptant toujours avaler le déshonneur pour éviter la défaite, il viendra forcément le jour où on récolte la défaite et le déshonneur à la fois. »

Mohamed Meba TEMBELY

 

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