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ASSEMBLEE NATIONATION La présence massive des femmes à l’hémicycle Une lueur d’espoir pour la démocratie malienne

Pour la première fois dans l’histoire de la démocratie malienne, il y a autant de femmes élues députés à l’hémicycle. Certains Maliens se sont exprimés sur le sujet qui fait la Une mais les avis sont dissemblables quant à leurs capacités réelles à jouer pleinement leur rôle à l’Assemblée Nationale.

 

 

Dr Aly Tounkara, Directeur du Centre des Etudes Sécuritaires et Stratégiques au Sahel(CE3S) : Alors concrètement, c’est que de l’indépendance à aujourd’hui, les différents gouvernements qui se sont succédé, ont clairement affiché cette volonté de la prise en compte de la gente féminine tant sur le plan décisionnel qu’exécutif.  En dépit de cette volonté affichée, la loi 052 constitue un témoignage éloquent de cette ruée de femmes vers l’Assemblée nationale. Mais si vous questionnez un peu les différentes organisations des femmes, ainsi que l’écrasante majorité de populations dans le contexte malien à propos, notamment sur l’échiquier politique se sont tout de même des avis tout à fait différents, voire variés et variables. Je vous dis clairement que les organisations de la société civile notamment féminines, trouvent un tel score salutaire avec une présence aussi marquée des femmes à l’Assemblée Nationale. Cela pourrait constituer un début d’égalité entre les deux sexes tant souhaités par les organisations faîtières des femmes.

En effet, lorsqu’on s’intéresse aux conditions dans lesquelles ces élections législatives ont été tenues, toutes ces contestations populaires autour de la légitimité et de la légalité de cette nouvelle mandature parlementaire, il n’y a rien d’étonnant que cette Assemblée soit en déphasage avec les attentes légitimes de Maliens.  En dépit de l’insécurité et l’urgence sanitaire, ces élections législatives ont été tenues dans des conditions douteuses et frauduleuses qui n’honorent pas une démocratie en construction.  Certes, le Mali a toujours souffert de la transparence du scrutin, mais n’a pas connu autant de contestations et de protestions dès le lendemain de la proclamation des résultats définitifs par la cour constitutionnelle. Les différentes manifestations à Bamako et dans les autres centres urbains prouvent à suffisance que cette nouvelle mandature parlementaire souffrira de légitimité et de crédibilité vis-à-vis des citoyens.      Ce sont ces réactions entre autres qui risqueront même de gommer la présence marquée des femmes. Sinon, si ces femmes avaient été élues dans des conditions louables et apaisées, naturellement cela allait marquer un tournoi majeur quant à la prise en compte du quota par l’échiquier politique malien. Néanmoins, il faut quand même saluer l’idée parce qu’en se référant à la loi 052 de décembre 2015   qui dispose que les modalités d’application de cette loi qui seront définies en conseil de ministre. Lors de ce conseil de ministre, il a été question que ce quota soit non seulement respecté dans les fonctions nominatives mais aussi électives. Donc coté élection, on peut dire que la loi 052 a été respectée de façon scrupuleuse. Cela est à saluer parce que c’est un combat qui a été mené par un certain nombre d’acteurs de la société civile notamment féminine. Je pense à Wildaf, l’APDF, CONASIPAL entre autres. Il y a plein de structures faîtières   qui se sont battues pour que cette loi 052 soit effectivement appliquée sur le plan électif. Nonobstant, les efforts doivent être décuplés au niveau des fonctions nominatives, car jusqu’ici le Mali peine à respecter le quota à cet effet.  Si vous regardez un peu les différentes équipes gouvernementales, il apparaît évident qu’elles peinent à appliquer effectivement   cette loi. Les différents gouvernements qui se sont succédé, ont quand même fait entorse à cette loi. Je pense que c’est un bon début au regard de toutes ces pesanteurs sociales, économiques et religieuses qui font parfois de la femme un être pas suffisamment abouti pour exercer les fonctions politiques. Une telle avancée est à saluer à juste titre dans le contexte malien du point de vue symbolique et même politique. Le mérite revient au quinquennat du président Ibrahim Boubacar Keita.

En somme, la venue massive des femmes est à saluer. Mais, lorsqu’on regarde le contexte et la circonstance de cette venue, malheureusement ils risqueront à la limite d’effacer cette ruée des femmes à l’assemblée par le simple fait que beaucoup de maliens ne vont pas forcement se reconnaître en elle. Car lorsque des députés vont bénéficier un tel sentiment de contestation et un le sentiment d’être à la limite nommée, ils auront du mal à bénéficier de ce soutien populaire aussi important que l’humilité parlementaire dans un jeu démocratique. C’est le lieu de noter aussi que malgré le climat tendu du post scrutin, il y a des élus qui font l’unanimité. En dépit du numérique féminin, le contexte et la circonstance risqueront d’en faire un événement non majeur.

Dr Yacouba Dogoni, professeur de Sociologie à la faculté des sciences humaines et sciences de l’éducation :

C’est très difficile dans la démocratie malienne. Nous sommes tous au courant qu’il y a une loi qui a été adoptée et qui octroie 30% des sièges de l’Assemblée aux femmes. Maintenant, si ces 41 femmes occupent les 30% des sièges, ce qui veut dire que nous sommes dans la normalité parce que cette loi a été votée en fonction des besoins de l’Assemblée pour pouvoir doser le poids des hommes. Si c’est le cas, ce qui veut dire qu’elles pourraient défendre les lois relatives à la gestion de la famille, au processus féminin et aussi à l’autonomisation des femmes ; surtout la mise en œuvre des conventions internationales par rapport à la parité, par rapport aux violences basées sur le genre et même par rapport à l’application de la résolution 13-25 du conseil de sécurité des nations unies qui défend les trois P : participation, protection et prévention. Après la participation des femmes au processus de développement d’un pays, à leur protection en temps de guerre, à la lutte contre les violences sur les femmes et les enfants en temps de crise, ce sont les trois P qui sont dégagés dans la résolution 13-25 du conseil de sécurité des nations unies. Donc les femmes députées vont peut-être travailler concomitamment avec la commission qui s’occupe de la question féminine qui était dirigée, dans le temps, par le député Moussa Diarra. Aujourd’hui, il n’a pas été réélu mais c’est lui était le président de cette commission. Maintenant ces femmes pourraient bien défendre ces lois et aussi accompagner les actions de l’Unicef, les actions de l’ONU femme et même de Wildaf pour pouvoir défendre les intérêts des femmes.

Propos recueillis par

Ibrahim Sanogo dit Oliver

 

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