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Boubou Cissé, Vice-Amiral de l’apaisement

Face à un contexte social tendu et marqué par moult grognes et protestations violentes, l’Exécutif, acculé, a dû se résoudre à hisser la voilure de l’apaisement.

Ils ont beau afficher des visages sereins saupoudrés d’une once d’optimisme, IBK et ses marins sont engagés dans une manœuvre bien délicate, depuis des semaines. A bord d’un bateau qui tangue en eaux troubles, le président de la république et son gouvernement réalisent de nouveau que les défis sociaux de la traversée sont plus étendus, et que les périls politiques suscités par la tempête sont plus imminents que le plan du voyage ne l’avait prédit.

En effet, le Commandant en chef, IBK, a beau diriger sa loupe à perte de vue et de tous les côtés de l’océan ; il ne voit devant lui que des récifs en continu et des vagues en furie. Qu’il ordonne un virage de la barre à tribord ou qu’il décide de serrer le vent à bâbord, rien n’y fait. Assis dans sa cabine de pilotage, il assiste, malgré lui, au dangereux spectacle des flots de colères qui se multiplient de toutes parts et se déversent en rafales sur le navire déjà endommagé.

Alors, le Grand Amiral, assisté de son second qui est en même temps le Vice-Amiral et le Trésorier du vaisseau ; s’est résolu à sonner lui-même le branle-bas de combat. Multipliant les allocutions télévisées pédagogiques, enchaînant les réunions de crise, exhortant ses ministres à se surpasser, montant en personne sur le pont pour contenir les vagues ; IBK déploie une énergie qu’on lui avait rarement connue, pour éviter le naufrage au bateau.

Ce volontarisme du président de la république est de très bon aloi. Son entrain est à saluer. Le don qu’il fait de sa personne est à féliciter. La détermination qu’il transpire pour vaincre le coronavirus force l’admiration.

Mais vont-ils suffire à lui faire regagner des points dans l’opinion ? Difficile de l’affirmer. D’autant que les réponses apportées par son équipage sont nettement insatisfaisantes face à l’ampleur d’un malaise social aggravé par la crise du covid-19.

Or, depuis deux semaines voire plus, l’angoisse, l’impatience, le sentiment de frustration, la sensation d’être abandonnée à son sort ; le ressenti d’être méprisée, qui avaient gagné la population, commençaient à évoluer dangereusement vers le pic de l’exaspération.

A Kayes comme à Sikasso, à Bamako comme à Kati, les faisceaux de manifestations violentes ont risqué de causer des avaries à la coque d’un bateau qui cherche également à se dépêtrer de l’insécurité généralisée au centre et au nord.

Les centaines de milliers de citoyens qui vivent des métiers de nuit, mais qu’on avait contraints de rester à quai à cause d’un couvre-feu à l’efficacité introuvable, les prix que le gouvernement avait promis de maîtriser, mais qui ne cessaient de prendre malicieusement l’ascenseur, les coupures répétitives et prolongées d’électricité, et aussi, l’abracadabrantesque verdict final des élections législatives ; ont failli donner à la marée protestataire montante une tournure de tsunami.

Le Grand Amiral et son équipage n’avaient plus choix, et n’ont plus le choix. Tout autre coup de barre restrictif supplémentaire aurait eu des conséquences encore plus fâcheuses aux yeux du citoyen ordinaire.

Le vendredi 08 avril, le Conseil de défense nationale s’est donc réuni.  : faire le bilan d’étapes de la riposte face à la pandémie. Le samedi 09, le Vice-Amiral, au nom du Commandant en chef, s’est adressé à la nation. Objectifs : se justifier, apaiser les esprits, rassurer les cœurs, faire de la pédagogie sur les âmes.

La teneur de l’allocution, nous la connaissons tous. La voici, en vrac. 1- Le couvre-feu est levé. 2- Pour le bien des Maliens, le port du masque sera obligatoire dans les espaces publics. 3- Toutes les promesses du président de la république (pour atténuer les effets socio-économiques néfastes du coronavirus) seront tenues. 4- Juré et promis ! L’accalmie sociale et le bien-être des Maliens sont et seront les seuls moteurs du gouvernement.

Boubou Cissé a-t-il convaincu ? Pas si sûr. Certes, la levée du couvre-feu va effectivement permettre au navire gouvernemental d’éviter de se retrouver dans l’œil du cyclone pour un temps.Mais, les autres mesures sociales annoncées, qui sont (disons-le sans détours) plus des palliatifs que des solutions satisfaisantes à long terme, parviendront difficilement à recoudrela voile de la confiance rompue entre l’exécutif et une large partie des Maliens.

Mohamed Meba TEMBELY

 

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