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Fatima Al Ansar Experte en Genre et Gouvernance Pas de paix sans les femmes et les filles

Bien que les femmes représentent souvent la majorité des personnes touchées par les conflits, elles ont historiquement été exclues des processus formels traitant de la guerre et de la paix. En temps de conflit, le risque de subir des violences extrêmes en quittant son domicile ou sa communauté pour accomplir ses activités quotidiennes est très élevé. Ce qui empêche les femmes de se déplacer en toute sécurité et de vivre leur vie avec dignité. Actuellement, les jeunes filles sont utilisées comme armes de guerre et de conflit dans de nombreux pays. Les femmes sont violées, abusées sexuellement, réduites en esclavage sexuel et même vendues en échange de leur pouvoir lors de processus de négociation. Malgré l’impact disproportionné des conflits sur les femmes, celles-ci sont encore largement exclues des négociations de paix et des processus de consolidation de la paix.

La participation des femmes aux processus de consolidation de la paix n’a pas augmenté de manière significative ces dernières années. Selon les données de l’ONU, entre 1992 et 2019, les femmes ne représentaient que 13 % des négociateurs, 3 % des médiateurs et seulement 4 % des signataires dans les principaux processus de paix.  Actuellement, la participation des femmes dans les structures de pouvoir de l’État reste limitée, bien que des progrès aient été réalisés à cet égard. Par exemple, malgré l’accession de Mme Ellen Johnson Sirleaf à la présidence du Liberia, les femmes ne représentent qu’un quart des membres des parlements ou des gouvernements d’Afrique de l’Ouest. Une fois qu’elles sont membres, les femmes sont souvent dirigées vers des secteurs liés au développement social. Au niveau législatif, les femmes sont rarement présidentes de parlement, peu sont dans l’administration publique et le nombre de femmes maires ou membres de conseils régionaux reste très faible.

Au Mali, l’inclusion des femmes dans le processus de paix en cours n’est pas encore devenue une priorité, malgré les divers efforts des femmes activistes, qui se sont organisées et ont fait pression sur les principaux acteurs pour qu’elles participent aux négociations avec le soutien de ONU Femmes et de la MINUSMA, et qui ont été soutenues par ONU Femmes et MINUSMA.

Le monde doit accorder une plus grande attention à la participation des femmes à la consolidation de la paix et à la résolution des conflits. La paix ne sera pas durable tant qu’elle ne sera pas pleinement inclusive. Les voix de tous ceux qui sont concernés doivent être recherchées, entendues et prises en compte. Des réformes sont nécessaires à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Elles doivent englober les domaines politique, culturel, social et économique. Par exemple, la réforme politique peut servir à faire progresser l’intégration des femmes dans la résolution des conflits et la consolidation de la paix, comme évoqué par la résolution 1325 des Nations unies (adoptée le 31 octobre 2000) qui reconnaît le rôle essentiel que jouent les femmes dans la paix, la sécurité, le développement et les droits de l’homme. Cette résolution a été accompagnée de huit résolutions ultérieures sur les femmes, la paix et la sécurité, à savoir 1820 (2008), 1888 (2009), 1889 (2009), 1960 (2010), 2106 (2013), 2122 (2013), 2242 (2015), 2467 (2019) ; ainsi que les résolutions connexes 2250 (2015) et 2419 (2108) sur la jeunesse, la paix et la sécurité.

Si les solutions constituent une étape clé, la mise en œuvre de ces résolutions est essentielle. Les parties prenantes doivent être responsabilisées et recevoir des stratégies pour mettre en œuvre les résolutions déjà adoptées concernant les femmes, la paix et la sécurité. Par exemple, la participation des femmes aux négociations de paix au Mali est encore extrêmement faible, malgré tous les programmes existants visant à soutenir l’application de la résolution 1325 des Nations unies. Au Mali, l’une des dispositions du Pacte pour la Paix signé, le 15 octobre 2018, entre le gouvernement et les Nations Unies, insiste sur l’implication des femmes. À ce jour, les femmes maliennes sont sous-représentées, voire pas du tout, dans les mécanismes de mise en œuvre et de suivi de l’accord pour paix. De nombreuses femmes ont exprimé leur frustration face à leur exclusion continue du processus de paix. Les mécanismes de mise en œuvre comprennent le Comité de suivi de l’accord (CSA), la Commission désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), la Commission nationale d’Intégration (CNI) le Conseil national de la réforme du secteur de la sécurité (CNRSS) et la Commission Vérité, justice et réconciliation (CVJR). En moyenne, la participation des femmes à ces mécanismes se situe à environ 3 %. Les 22 et 23 janvier 2020, le ministère de la Cohésion sociale, de la Paix et de la Réconciliation nationale a organisé un atelier intensif avec des femmes leaders pour discuter des mesures concrètes à prendre pour inclure les femmes dans le suivi des accords de paix et la consolidation de la paix en général. En réalisant cela, le Mali fera un grand pas vers une paix durable.

Nous devons créer une culture de femmes bâtisseurs de paix en changeant les mentalités et les attentes concernant le rôle des femmes dans la construction de la paix. Cela peut se faire en communiquant activement avec les personnes vivant dans les zones touchées par le conflit sur le rôle crucial des femmes dans la consolidation de la paix, ainsi qu’en les incluant dans les différents dialogues locaux et les activités de consolidation de la paix. En outre, l’accent mis sur l’autonomisation économique des femmes est un aspect crucial des efforts et des défis de la consolidation de la paix. Le Secrétaire général des Nations unies a souligné dans son rapport sur la participation des femmes à la consolidation de la paix que l’activité économique des femmes ne contribue pas seulement à une paix durable, mais qu’une plus grande participation des femmes à la population active est également une garantie pour leur insertion et leur participation à long terme dans la sphère publique et politique.

En conclusion, l’une des plus grandes questions qui se posent aujourd’hui dans le monde est de savoir comment rétablir la paix après des années de conflit et de guerre. La réponse à cette question doit inclure nos femmes et nos filles. Il est crucial d’essayer de nouvelles stratégies pour aborder la paix dans nos communautés et de s’assurer que les femmes sont à la tête des processus de rétablissement de la paix et qu’elles jouent un rôle central dans les décisions concernant les femmes dans les zones de conflit. La paix dépend de la façon dont nous traitons et intégrons les femmes et les filles dans nos sociétés. Nous devons immédiatement offrir aux femmes et aux filles l’espace et les possibilités de participer pleinement au rétablissement de la paix, du début à la fin. Lorsque nous renforçons le pouvoir des femmes, nous renforçons notre nation et construisons une paix durable dans nos sociétés.

                                                                                      Fatima Al Ansar

 Experte en Genre et Gouvernance

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