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LETTRE OUVERTE DE ME ALASSANE ALDIOR DIOP AUX DÉPUTÉS

Me Alassane Aldior DIOP, avocat à la Cour et fin analyste politique, après la proclamation des résultats définitifs par la Cours constitutionnelle, s’adresse aux députés à travers cette lettre ouverte.

AUX LETTRE OUVERTE DÉPUTÉS

Chers  élus du peuple,

Ceci est un appel au sursaut citoyen !

Ceci est un appel au don de soi, au sacrifice pour la nation !

Un appel à la fin des privilèges, de l’impunité pour le redressement de la nation!

Un appel à l’exemplarité dès les premiers instants !

L’espace politique du Mali est malade de ses propres acteurs !

Il est temps de tourner une page.

Vous venez de sortir vainqueurs d’une élection douloureuse dont les maliens s’en souviendront bien longtemps en raison non pas seulement de l’ambiance mortifère liée au coronavirus qui s’est répandue sur le territoire à cette occasion, mais aussi et surtout de  l’effet 3em tour joué par la Cour Constitutionnelle du Mali qui par le jeu des annulations de vote a inversé les résultats des élections dans des zones ciblées impactant lourdement sur le visage de la prochaine assemblée Nationale.

Le peuple Malien, dans son infinie sagesse, nous a autant agréablement surpris par la brillante élection d’une pucelle à  Ségou, l’honorable Salimata TRAORE que par le goût amer de la reconduction de certains pachydermes dont la présence au sein de la nouvelle assemblée en pâlit son éclat.

Vous venez d’être convoqués en session extraordinaire pour poser les premiers actes de votre législature. C’est le moment pour vous de DEVENIR en vous illustrant patriotes  convaincus investis d’une mission de redressement nationale.

Oui ! C’est le moment :

 

  • pour vous de vous rebeller contre les consignes de vote pour un choix éclairé et objectif des hommes devant présider les organes de l’hémicycle;
  • Le moment pour vous de renoncer à vos privilèges exorbitants au nom de la solidarité et de l’exemplarité nationales ;
  • C’est aussi le moment du courage, le courage pour barrer la route à l’impunité sous toutes ses formes. Il faut en finir avec les immunités et privilèges d’un autre temps qui fait du député un citoyen au-dessus de toute loi ;

C’est à ces courages héroïques que le peuple malien, ex sangue, déboussolé et déçu de ses représentants, vous appelle à faire montre.

Vous allez élire celui ou celle qui aura l’honneur de porter le sceptre de Président de l’AN et ainsi que  ceux ou celles qui présideront les fameuses commissions parlementaires dont l’animation et l’efficacité déterminent le succès ou le fiasco d’une législature. C’est donc un très grand moment de patriotisme et d’exercice républicain qui vous attend. Autant la constitution des groupes parlementaires relève exclusivement de la politique politicienne, autant le choix des personnes pour incarner les organes de l’assemblée relève d’une œuvre de cohésion nationale.

Souvenez-vous, le futur Président de l’AN est un Président de la République en puissance. Il est celui qui présidera aux destinées de la Nation dans les moments les plus incertains. Ces leaders dont vous aurez  la lourde  charge de nous faire révéler, ne doivent  pas être élus sur des bases subjectives, partisanes ou courtisanesques.

Ce serait la première trahison à la Nation que vous commettriez si vous cédez aux combines et chantages politiciens.

Dites non aux consignes de vote politiques en faisant des choix PERSONNELS et OBJECTIFS dans l’intérêt suprême de la nation. Vous n’êtes plus de simples élus RPM, ADEMA ou URD  de Wayerma ou d’Oussoubi-djandjan , vous êtes désormais des élus Nationaux investis d’un mandat national. Vos voix vous sont prêtées, c’est bien la raison pour laquelle, encore vivants, le protocole vous couvre au moment de votre enregistrement comme député fraîchement élu,  du drapeau national comme des emblèmes nationaux.

Élisez parmi vous des hommes dignes de présider dans notre Parlement. Choisissez des hommes intègres, des hommes d’éthique, des hommes impartiaux et de rassemblement. Vous ne pouvez pas faire du neuf avec du vieux, ayez le courage de nous surprendre dussiez-vous entrer en rébellion contre les ordres de l’exécutif impuissant. Par le transfert de la souveraineté populaire, le peuple malien fait de vous ses dieux: Vox populi, Vox dei.

C’est aussi le moment d’en finir avec  les privilèges qui sapent les fondements d’une république juste et équitable.

Le niveau de vos salaires et avantages tranche avec la moyenne nationale. Le fossé est honteux. Les journaux ont fait état des propos d’un honorable député sur ce que gagne un éludant un pays en lambeaux. Les chiffres donnent le tournis. Le nivellement des inégalités est l’un des principes fondamentaux de la bonne gouvernance, l’argent du gouverné ne doit pas servir à l’enrichissement excessif du gouvernant qui exerce le privilège en son nom. Alors, ne faites pas comme vos prédécesseurs, ayez le courage de renoncer à une grande part de vos avantages au titre de l’effort de la double guerre contre le Covid et l’insécurité ambiante.

Renoncez à une partie de vos avantages et recrutez, chacun en ce qui le concerne, des jeunes diplômés dans vos différentes commissions pour vous assister dans vos travaux de discussions et d’amendements des projets de loi tout cuits que l’on vous propose. Vous serez collectivement plus fort pour donner la repartie au lieu d’être une chambre d’enregistrement au pouvoir exécutif.

Soyez exigeants envers vous-mêmes en donnant le bon exemple, ensuite attaquez-vous à toutes ces lois insensées qui organisent et fixent des avantages farfelues et des caisses noires à des générations d’institutions et de commis de l’Etat. Toutes ces lois de distribution automatique de billets de banque doivent être revues, amendées et ramenées à des proportions raisonnables. Il ne faut pas rester impuissant face au siphonage sans fins des fonds publics par des politiciens de carrière.

Enfin, il vous faut du courage pour en finir avec les immunités dénaturées et déplacées de leur contexte. Certes vos lois et règlements intérieurs vous autorisent à protéger votre paire, même à s’extirper des griffes de la justice s’il le faut par la suspension des poursuites et des mandats d’arrêt à son égard. Mais n’oubliez jamais que l’esprit de la loi vous dit que  nul n’est au-dessus de la loi, y compris vous-mêmes. Dans l’exercice de ses fonctions et dans ses prises positions parlementaires aucun député ne devrait être inquiété pour cela. Mais gardez -vous de faire de vos immunités des primes à l’impunité. N’hésitez pas, chaque fois que vous devriez choisir, votez  pour la levée de l’immunité si les faits allégués sont crapuleux et qu’ils n’ont aucun lien direct avec l’exercice du mandat de député.

La Constitution du Mali précise que «la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice»

Osez dire tout haut ce que vous pensez tout bas. Le temps des tergiversations trop souvent constatées, doit prendre fin. Il faut du courage pour arriver à une véritable égalité de fait et de droit dans ce pays.

Nous savons que vous n’en manquez pas, que certains mal intentionnés aillent vous manipuler. Mais vous saurez prendre vos responsabilités d’élus, représentants de la République.

Cette fois, vous avez l’occasion de sortir par le haut et faire du débat parlementaire à venir un grand moment politique.

Il ne faut pas étouffer la voix du Mali Ba.

Mesdames et messieurs les parlementaires, souvenez-vous que le pouvoir législatif que vous représentez, indépendant du pouvoir exécutif et du pouvoir  judiciaire, est le pouvoir le plu exaltant. La Constitution dit de vous: « le Peuple souverain » et c’est au Peuple et seulement à lui, que vous devez rendre compte.

Votre fonction vous commande la plus grande loyauté envers la mère patrie.

Le pays tout entier vous regarde, l’Afrique et le monde aussi.

Les citoyens, eux, ils en savent beaucoup sur ses dirigeants d’avec lesquels le divorce est consommé..

Ayez du panache!

Le président Alpha O KONARÉ, lors de son discours inaugural de prestation de serment s’adressait au peuple en ces termes: «Le temps de l’apprentissage démocratique est un temps de tolérance ». C’était il y a plus de vingt ans, aujourd’hui c’est le temps de l’intolérance face à l’irresponsabilité démocratique.

Ne soyez solidaires d’aucune irresponsabilité.

Faites comme moi, restez derrière votre patrie.

Me Alassane Aldior DIOP

 

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