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SAISON POLITIQUE 2020 Episode 1 : Si j’étais Soumaïla Cissé…

Le chef de file de l’opposition est un homme persévérant. Mais, sera-t-il toujours en pole position des prétendants au fauteuil d’IBK, en 2023 ? Cette année va fournir les premières indications. Car, de sa capacité ou non à « relooker » sa stratégie et à éviter ses erreurs à répétition dépendra la largeur de son horizon présidentiel.

C’est indéniable. Qu’on l’admire ou qu’on le mésestime, Soumaïla Cissé possède deux traits de caractère que toutes les Sciences du comportement qualifieront probablement de « vertus politiques.»

Le premier de ces traits est la tempérance. Vu d’ici et d’ailleurs, le personnage est connu pour ne pas boire dans la coupe du jusqu’au-boutisme, de l’attaque érigée en système, ou de l’obstruction permanente. Dans son rôle d’opposant en chef et dans sa démarche de dénonciation des échecs avérés ou supposés de l’Exécutif, il sort rarement des limites du politiquement correct. De la sorte, sa recette politique, qui consiste à frapper sans assommer et à s’enflammer sans brûler, le fait plus ressembler à un éléphant aux coups calculés qu’à un tyrannosaure à la fureur effrénée.

Quand il faut savoir raison garder ou quand il est nécessaire de mettre de l’eau dans son… jus de gingembre, le natif de Niafounké sait se retenir de succomber à l’excès verbal et évite de se lancer dans une guérilla sans trêve.

Les faits, depuis 2013, le prouvent. Incarner une opposition irresponsable ou pyromane, ce n’est clairement pas « le truc » de Soumi dont l’obsession est de cultiver une stature d’homme d’Etat.

Le second trait ascendant dans le comportement de l’opposant numéro 1 est clairement sa propension à la synthèse. De son mode de gestion à la tête de l’UEMOA tout comme de ses rapports avec ses commensaux de l’opposition, on retient chez lui le besoin continu d’asseoir toute sa légitimité sur le compromis. Pareil, en cela, à un Obama (mais sans le charisme) ou à un Hollande (mais sans le même succès électoral, pour le moment) ; Soumaïla Cissé est résolument de ceux qui pensent qu’un leader estimé est mieux servi et mieux suivi qu’un chef redouté.

Et pourtant… Malgré ces deux atouts, le chef de file de l’opposition peine à être ce leader naturellement adulé des masses populaires. De Koulikoro à Kayes, de Sikasso à Mopti, moult électeurs qui, lors des présidentielles, glissent le bulletin URD dans l’urne, procèdent plus à un « vote de raison » qu’à un vote d’adhésion.

A quoi est donc due cette incapacité prolongée de S. C. à incarner le choix du cœur ? Pourquoi, malgré une réputation de bosseur et une compétence admise de tous, l’homme ne parvient-il pas à soulever cette vague affective pareille à celle qui a porté un ATT en 2002 ou un IBK en 2013 ?

L’explication tient aussi en deux points.

Le premier est que l’Honorable Cissé a une conception trop élitiste de la politique. Habitué, avant ses prétentions présidentielles en 2002, aux maroquins des grandes entreprises et des ministères, il a longtemps cultivé la double image (devenue par la suite son boulet) d’un homme embourgeoisé et d’un technocrate éloigné du « vécu de la plèbe.» Ses plus fidèles partisans ont beau essayer de le décrire en présidentiable « normal », la perception populaire (peut-être alimentée par des a priori) a tiré la conclusion (peut-être hâtive) que Soumaïla n’est pas « un homme du peuple, fait par le peuple, et pour le peuple. »

Manières trop policées, registre de langue soutenu à souhait, naturel distant, relationnel peu chaleureux, homme de droite, ploutocrate blotti dans son cocon doré, etc. ; voilà l’image que beaucoup de Maliens ont de celui qui a perdu trois finales de la compétition d’accès à Koulouba. Et, bien qu’une large palette de nos hommes politiques soit décriée pour les mêmes raisons, il est celui qui semble en pâtir le plus dans l’opinion.

Le deuxième point noir, conséquence de sa frilosité politique, est son incapacité répétée à « flairer le bon coup politique. » Trop crispé par l’enjeu, et trop habité, comme Alphonse de Lamartine, par l’idée de la fuite inexorable du temps ; Cissé commet trop souvent l’erreur de nouer les mauvaises alliances ou de céder facilement à des influences qui s’avèrent hautement toxiques.

Son quotient intellectuel a beau être impressionnant, il lui manque, à chaque élection présidentielle, cette intuition de génie qui sert très souvent le destin des grands hommes politiques. Donnant des gifles quand ce sont des uppercuts qui sont nécessaires, retenant son pied aux moments où il doit tacler, s’accommodant en des occasions où il doit se désolidariser, ou, au contraire, restant en retrait aux périodes où l’opinion attend de lui qu’il s’implique ; il en arrive à dérouter (pour ne pas dire décevoir) beaucoup de ses partisans.

Bien entendu, en politique comme en navigation, l’échec à répétition est très souvent un précieux conseiller qui vous permet de prévenir les péripéties de la traversée et d’atteindre la côte tant espérée. Si, alors, j’étais Soumaïla Cissé, je prendrais 2020 comme point de départ d’une nouvelle stratégie à quatre volets.

Un : ne lésiner sur aucun moyen ni ne ménager aucune démarche pour « désembourgeoiser » mon image. Au passage, descendre plus que de coutume au cœur des « couches populaires » au lieu de me contenter d’agir par activistes ou alliés interposés.

Deux : dans le même souci d’être « un mec du peuple », cesser de croire que la légitimité internationale est le meilleur gage pour être vainqueur d’une présidentielle. Et, dès lors, faire une campagne « plus malienne » qu’internationale. Le nouveau Président tunisien n’est-il pas un parfait inconnu des chancelleries occidentales ? Le président élu de la Guinée Bissau n’a-t-il pas le beau surnom de « Général du peuple » ? Adama Barrow de la Gambie n’était-il pas une pâle figure méconnue de tous avant son élection ?

Trois : moins axer ma critique de la gestion économique du gouvernement sur la macroéconomie, mais placer surtout le curseur sur les problèmes quotidiens du Malien : l’appauvrissement du panier de la ménagère, le retard des pensions, le calvaire dans l’accès aux soins de santé de qualité etc. En clair, arrêter d’être tout le temps ce technocrate lointain !

Enfin, garder résolument le cap sur mon agenda et compter fermement sur les forces de mon parti plutôt que de me laisser séduire et entraîner par les rodomontades médiatiques de certains aventuriers des réseaux sociaux.

En politicien persévérant, Soumaïla Cissé le sait. Chez le peuple, le réservoir de sympathie et le crédit d’affection ne sont jamais définitivement asséchés pour un candidat. S’il veut se donner toutes les chances de passer d’éternel second à premier de la course, il lui faut, dès à présent, repenser sa stratégie. Ce sera le moyen le plus sûr de capter les vents populaires qui gonfleront sa voilure jusqu’au rivage désiré de Koulouba.

Mohamed Meba TEMBELY

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